Amazir

Au gré des souvenirs qui émergent et qui en appellent d’autres, au sein de ce mouvement de flux et de reflux de la mémoire, un autoportrait se dessine, se profile, se crée. Entre le Paris des années d’étude et le Maroc des racines, de mésaventures sentimentales en réminiscences des histoires d’antan, “Amazir” donne corps à une intériorité... Une âme plurielle, jamais totalement fixée et inamovible, se perdant dans les maths tout autant que dans les romans de Dostoïevski, contemplative et réflexive, forgée surtout par ces amours trop vite éclos, trop vite partis.
Pénétrer dans le texte de Mustapha Bouhaddar, c’est accepter de sillonner un univers fait de sables mouvants, de glissades, de brusques changements de perspectives et de contextes. C’est entrer dans un ouvrage qui fonctionne sur le mode de l’improvisation, porté par une écriture souveraine, absolument dégagée des contraintes formelles. C’est en somme comme s’abandonner à ces musiques free-jazz, insaisissables, qui passent par-dessus les murs de la raison pour toucher à l’intimité et aux secrets d’un cœur.

104 pages  -  ISBN : 9782748351101  -  Autobiographie > Commander le livre

Les tribulations d'un intérimaire

Je suis entrain d'écrire un livre sur le milieu intérimaire.
En effet, jai travaillé en tant qu’intérimaire dans des entreprises privées et publiques, pendant plus de 8 ans. J’y ai croisés d’autres intérimaires ; la plupart d’origine étrangère. Des maghrébins, des africains, une poignée de français un peu paumés, et souvent sans aucun diplôme, quelques portugais, et parfois, mais, c’est un fait très rare ; quelques asiatiques.
Dans ces entreprises, un intérimaire est souvent perçu comme un individu précaire, qui est là pour remplacer un salarié malade, ou en congé. C’est un bouche trou, il n’est ici que de passage.
En effet, les titulaires l’observent, et le scrutent. Sera-t-il compétent ? À la hauteur de la tâche qu’on lui propose. Car, après tout, s’il était qualifié et confirmé, il ne serait pas intérimaire.
Dans l’inconscient collectif, les intérimaires sont sans aucune personnalité, sans caractère. Sinon, ils seraient titulaires, et auraient trouvé un travail stable comme tout le monde. Ce sont des fainéants qui n’ont aucun sens des responsabilités. Des malades, des marginaux à qui on propose du travail, mais qui préfèrent être assistés, travailler de temps en temps, et toucher les aides sociales.
D’un autre côté, les titulaires se méfient du nouveau intérimaire. Ils l’observent, ils ont peur qu’il soit plus compétent qu’eux. Si ce dernier est ponctuel, rigoureux, et travaille bien, il posera problème. Les hauts responsables lui proposeront peut-être un contrat à durée indéterminée, et il pourrait monter les échelons. Pour freiner son ascension, ses compétences ne doivent pas remonter jusqu’au patron. Alors, on le maintient dans l’ombre, jusqu’à ce que sa mission prenne fin. Après, on l’enverra gentiment pointer au chômage.
On a toutefois de la compassion pour lui, on lui offre donc un petit cadeau à la fin de la mission. On lui souhaite de trouver une autre opportunité, tout en lui promettant, qu’on ne manquera pas de le rappeler en cas de besoin.
Après le départ de cet insolent intérimaire qui ose travailler mieux que les titulaires, qui possède plus de qualifications et plus de diplômes, tout le monde est soulagé. Les titulaires reprennent leurs anciennes habitudes. C’est fini, il n’y a plus de concurrent !
L’intrus est parti. Il n’a qu’à se débrouiller comme eux, et trouver du travail ailleurs.
Un intérimaire compétent est contre nature, les intérimaires sont par définition des individus incapables, ils ont du mal à s’intégrer dans une entreprise, ils aiment la précarité. C’est ainsi, et il ne faut pas que les choses changent.
Souvent, surtout dans les entreprises privées, j’ai eu affaire à des titulaires qui triment toute la journée, pour un salaire de misère. Leurs patrons les exploitent, et leur font comprendre qu’ils doivent s’estimer heureux d’avoir un travail. On leur donne un bureau avec une étiquette sur laquelle sont inscrits leurs noms. Ils ont des bonbonnes d’eau à leur disposition, un distributeur de café qui est souvent payant, et des tickets restaurants. La plupart de ces salariés sont endettés jusqu’au cou, ils ne pourront jamais démissionner pour aller ailleurs. Ils ont peur de perdre leur travail, et se retrouver dans la rue, du moins, c’est ce qu’on leur fait croire.
Pour avoir bonne conscience, certains patrons augmentent de temps en temps leurs employés, ou plus exactement, leurs « vaches à traire », d’une trentaine d’euros. D’autres, leur offrent des chèques cadeaux, qu’ils ne peuvent dépenser que dans certains magasins.
Ces employés obéissants, prêts à tout pour garder leur travail, constituent une réserve inépuisable pour les employeurs. Ces derniers leur demandent toujours plus, et les sucent jusqu’à la moelle. Ils sont sans scrupules, jamais rassasiés, ils veulent gagner plus, toujours plus !
Ce phénomène n’est pas nouveau, comme le prouve cet extrait d’une conversation entre Colbert et Mazarin sous LOUIS XIV.

« Colbert : Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…
Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de
l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?
Mazarin : On en crée d’autres.
Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà.
Mazarin : Oui, c’est impossible.
Colbert : Alors, les riches ?
Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.
Colbert : Alors, comment fait-on ?
Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d’un malade) ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…C’est un réservoir inépuisable. »

Quitte à tordre le cou à certaines idées reçues, on le verra tout au long de ce roman, (je n’ai pas envie de parler d’essai), même s’il a l’air d’en être un. Il y a des intérimaires qui sont très compétents, rigoureux, ponctuels, diplômés, et qui exercent le métier d’intérim par choix. Ils aiment leurs libertés, multiplier les missions, rencontrer beaucoup plus de gens, et vivre d’autres expériences. Ils ne veulent pas signer pour une première opportunité, et faire un travail inintéressant à vie. En faisant ça, ils passeront à côté d’une meilleure offre. Car, c’est quoi un contrat à durée indéterminé ? Un travail à vie ? Un emploi stable ? Foutaise ! On peut perdre son travail qu’on soit titulaire ou pas. On n’est à l’abri nulle part! Les entreprises traversent un jour ou l’autre des périodes de crise, et on peut se retrouver au chômage du jour au lendemain, comme on peut perdre la vie d’une minute à l’autre, rien n’est acquis ici bas. Nul n’est irremplaçable, et comme le disait si bien mon grand-père : « les gens irremplaçables sont au cimetière ».
Posté le 24/02/2011 11:38:45 4 commentaire(s) - Réaagissez à cet article
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